Article de sportweek
De retour à Montpellier, Nikola Karabatic retrouve Luka, son frère cadet. Avec l'envie
commune de construire un palmarès, sous le regard plutôt aiguisé de leur entraîneur de père. Famille heureuse.
Nikola, à quel point votre désir de jouer avec Luka a-t-il pesé sur votre retour ?
N. K. : Le plus incroyable, c'est que ça ne faisait pas partie de mes objectifs il y a un an et demi. Luka ne jouait même pas au hand. Il y rejoue
depuis peu et ce retour a alors commencé à me trotter dans la tête. Avec l'envie de jouer avec lui. Je ne pensais pas qu'on aurait cette possibilité aussi tôt. Mais c'est clair : ça fait
partie des raisons de mon retour. Montpellier nous offre la possibilité de jouer ensemble au plus haut niveau, de gagner des titres et de nous rapprocher encore plus.
Luka, jouer avec votre frère représente quoi ?
L. K. : Quand on l'a évoqué, au début, j'avais du mal à le croire ! Je le vois évoluer depuis longtemps au plus haut niveau, mais je jouais au
tennis. Je n'y pensais pas. Lorsque j'ai repris le hand, c'est allé assez vite pour moi, mais je n'imaginais pas encore jouer avec lui. Je l'avais dans un coin de ma tête, pour plus tard. Tout
s'est passé si rapidement que j'ai du mal à le croire. J'en prendrai conscience petit à petit, à l'entraînement, sur le terrain.
Et vous allez aussi retrouver votre père, Branko...
N. K. : Il doit être encore plus heureux que nous. Il est entraîneur des gardiens de Montpellier, et on sera avec lui comme quand nous étions petits et
qu'il nous entraînait.
L. K. : On va le côtoyer tous les jours à l'entraînement, ça vaudra le détour... Quand il a quelque chose à nous dire, il n'hésite pas. Mais ça ne peut
être qu'enrichissant.
N. K. : Si on en est là, c'est grâce à nos parents qui nous ont donné une certaine éducation... Notre envie et notre esprit viennent d'eux. Ils doivent
être très fiers de ce que l'on a fait, surtout maintenant que nous sommes réunis.
Et surtout de vous voir rejouer ensemble...
L. K. : On a déjà joué tous les deux, mais j'étais tout petit. Lui, il marquait tous les buts et moi, je parlais à l'arbitre. Enfin, j'insultais
l'arbitre plutôt (rires).
N. K. : On a une vidéo dans laquelle je joue et lui, il tape l'arbitre et un joueur de notre équipe qui ne voulait pas le laisser tirer !
L. K. : J'essayais de m'imposer : il n'y avait que des plus grands. Sinon, on se battait souvent... Nikola regardait des fi lms de karaté et
ensuite, il faisait des expériences sur moi. Un jour, il a voulu arrêter son pied à un centimètre de mon oeil. Mais il est allé un peu trop loin et il m'a arraché l'oeil. J'ai été assez persécuté
par mon frère ! (rires) Après, nous sommes partis assez tôt de la maison et à partir de ce moment-là, on s'est vraiment
rapproché. Depuis, c'est très fort entre nous, plus rien ne peut nous séparer.
En quoi êtes-vous si proches ?
L. K. : Ce qui nous rapproche le plus, c'est que nous sommes des battants, des gagneurs. Ce sens de la gagne, de tout faire pour être les meilleurs, on
l'a tous les deux. Et c'est ce qui nous permet d'avancer.
N. K. : Ce côté gagneur et cette ambition viennent de notre éducation. On a toujours entretenu une petite rivalité, saine, mais on aime bien être
devant. Ce qui ne m'empêche pas d'être son premier supporter et lui le mien. Dans la vie, on se ressemble aussi beaucoup, assez calmes, introvertis, on aime rigoler et déconner. C'est avec lui que
je me sens le mieux. Nous sommes très complices et avons le même caractère.
Avez-vous tout de même des points de discorde ?
N. K. : Sur notre apparence physique... (rires) Quand il jouait au tennis, il était un peu léger. Maintenant qu'il s'est remis au hand et qu'il fait de
la musculation, il me chambre en disant qu'il est plus costaud que moi.
L. K. : Et au sujet de nos mentions, au bac. Il a eu son bac S avec une mention bien et moi très bien. Mais il m'accuse d'avoir été sur-noté car c'était
l'année des grèves contre le CPE (ndlr : Contrat première embauche).
Comment imaginez-vous vos retrouvailles sur le terrain ?
N. K. : J'en ai parlé avec les frères Gille (ndlr : Guillaume et Bertrand qui jouent ensemble à Gummersbach et en équipe de France). Ils m'ont dit
que c'est énorme. J'ai vraiment hâte d'être au premier entraînement. J'espère lui apporter beaucoup avec mon expérience. J'ai envie de l'aider à progresser pour arriver au plus haut niveau.
Avec quelles ambitions communes ?
L. K. : Je veux gagner des titres avec lui parce que j'ai déjà vécu cette sensation ces deux dernières années avec des amis et c'est vraiment très fort. Avec
mon frère, ce serait encore plus fort.
N. K. : Il y a vraiment un gros projet à Montpellier, beaucoup d'ambition, notamment de revenir au plus haut niveau européen, comme en 2003 avec la
victoire en Ligue des Champions. Les dirigeants n'ont pas lésiné sur les moyens et j'en suis d'autant plus heureux. On veut s'éclater sur le terrain ensemble. Et gagner !
Et un jour vous retrouver en équipe de France ?
L. K. : Pour moi, tout reste à faire. J'ai tout à prouver. Mais c'est vrai que c'est une motivation en plus d'espérer jouer un jour en équipe nationale
avec lui.
N. K. : Et je vais tout faire pour beaucoup l'aider dans cette voie-là.
Propos recueillis par Laurie Delhostal
Vid, le troisième frère
Nikola Karabatic est revenu à Montpellier en compagnie du Slovène Vid Kavticnik, avec qui il a tout partagé en quatre ans au sein de Kiel et qu'il appelle " son
deuxième frère ". Le transfert des deux hommes, engagés pour quatre ans, a coûté 1,5 million d'euros, le plus important de l'histoire du handball. L'agglomération, la région et la mairie de
Montpellier ont participé, à hauteur de 800 000 euros. Le reste a été pris en charge par le club et ses partenaires privés.
Nikola et Luka Karabatic-Photo : Eddy Lemaistre/Panoramic
Elle est sympa cette interview sinon, encore merci à Stephani. C'est bien sympa